La boite à bulles - librairie de bandes dessinées
   
HUREAU Simon
   
 
 
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  Simon Hureau est né en 1977 à Caen et a publié ses premières pages de BD en tant qu’étudiant aux Arts Déco de Strasbourg…

Il entame très tôt une fructueuse collaboration avec le label Ego comme X : après Palaces, un album très personnel sur le Cambodge qui lui vaut une sélection au festival d’Angoulême en 2004, il réalise successivement Colombe et la Horde puis Bureau des Prolongations. En 2006, ce dessinateur virtuose aux récits souvent amers publie Tout doit disparaître aux éditions Futuropolis.

Depuis, c’est principalement à la Boîte à Bulles, qu’il mène son parcours d’auteur. Il signe en 2008 Hautes œuvres, un récit historique hors normes qui a retenu l’attention de la critique (liste des 50 indispensables 2008 de l’ACBD) et sera réédité en 2013 en version couleurs. Il publie en 2009 Aspic Voisine et voit en 2011 son récit tout public, L’Empire des Hauts murs réédité dans la collection Jeunesse "La Malle aux images". Toujours en 2011, il retrouve son public adulte avec Intrus à l’Etrange et décroche le Fauve Polar à Angoulême ! Il enchaîne avec un Massacre salué à son tour par la critique !

Le voici revenu aux récits de voyage avec les carnets Au gré des courants sur le Val de Loire et Kompilasi Komikus sur l’Indonésie et surtout une série de 3 recueils de récits courts de voyage : Mille Parages !
 
 
Liens de l'auteur


> Interview de Simon Hureau par Sceneario.com

> Interview de Simon sur BDthèque

> Interview par bd-sanctuary - Angoulême 2013

> Simon parle du Massacre sur Express BD

> Simon sur Premiere !

> Interview de Simon Hureau par Christophe Steffan sur Culture BD


Coup de coeur de l'auteur

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> Le Musée insolite de Limul Goma T.1
> Aspic Voisine
> L' Empire des Hauts Murs
> Intrus à l'Etrange
> Le Musée insolite de Limul Goma T.2
> Le Musée insolite de Limul Goma T.1
> [Carnet de résidences] en Indonésie
> Au gré des courants
> Mille Parages



> Colombe et la horde T (Ego comme X)
> Palaces T (Ego comme X)
> Bureau des prolongations T (Ego comme X)
> L'Empire des hauts murs T (Delcourt)
> Tout doit disparaître T (Futuropolis)
> L'Arbre aux asticots T (Jarjille Éditions)
> Filandreux T (Warum)
> Crève Saucisse T (Futuropolis)

Images bonus


Simon et le Kouperey Bourges - 2013

Intrus l'Etrange : Prix Polar - Festival d'Angoulme 2012

Le Fauve de Simon !

Revue de presse
 
Casemate par Paul GINER

Pourquoi un carnets sur Amboise et ses environs ?
C’est une commande du Festival de musique Les Courants, auquel s’est greffé il y a sept ans un festival de bande dessinée où je suis invité régulièrement. L’idée d’un carnet leur est venue en me voyant croquer à droite à gauche. Il est découpé en quatre parties. J’y montre le festival, Saint-Ouen-les-Vignes, le Clos Lucé et bien sûr Amboise.
Nombreux sont les auteurs de BD qui « carnettisent », mais le plus souvent pour des recherches concernant leurs projets, carnets d’idées, de notes, de dessins d’imagination ou pour croquer les gens. Le dimanche matin, sur les festivals, j’aime me lever tôt pour découvrir la ville ou les environs et j’y croise peu de confrères. Le carnet de découverte n’est pas une pratique si répandue !

L’aura de De Vinci est elle omniprésente à Amboise ?
Oui, d’abord parce que Léonard de Vinci est enterré dans la chapelle Saint-Hubert, édifice qui fait saillie sur la muraille du château ; ensuite parce que son nom et son effigie en buste, en gisant ou en peinture sur son lit de mort son présents partout. Sans compter l’excellente bière locale Leonardo - elle aussi ornée de sa trogne -, qui rafraîchit le dimanche au Clos Lucé…

L’oeuvre de De Vinci fait-elle partie de vos chocs graphiques ?
Oui, depuis longtemps. Ce foisonnement puissant et sensuel, ce surgissement intransigeant, ce mystère et cette érudition qui bouillonne dans chaque manuscrit me fascinent. Chacun de ses traits est une pensée en mouvement. Il est pour moi une figure sans équivalent, une sorte de demi-dieu et accessoirement un immense carnettiste, probablement un des pionniers du genre, car toute son œuvre - hors peinture - est contenue dans ses carnets de recherches… En le ressuscitant dans mon carnet, il m’est apparu fantasque et grincheux, en short, parka, voûté, la clope au bec, indatable, mais néanmoins génial.

Reproduire la vue d’Amboise depuis sa fenêtre était-il amusant ?
Il est très excitant de pouvoir comparer un même paysage à cinq cents ans d’écart. Je pensais que la vue n’aurait pas beaucoup changée puisque le château d’Amboise existe toujours aujourd’hui. Problème pour éviter les réparations aux coûts astronomiques, on a préféré le démolir au XIXe… Aujourd’hui, il n’en reste plus qu’un cinquième. Misère.

Quels sont ces étranges labos que vous visitez ?
Une ancienne usine de films photographique fermée et à l’abandon, accolée au parc du Clos Lucé - et qu’on peut visiter sans trop d’acrobaties. Tous ces labos plongent dans une atmosphère chimique surannée épatante. Et en décalage complet avec le parc à thème « De Vinci » le jouxtant !

Quid du légendaire souterrain reliant le Clos au château ?
La visite touristique en montre la naissance, plongeant dans de mystérieuses profondeurs. On m’a fait passer le portillon et j’ai pu découvrir un assez court réseau de boyaux s’arrêtant malheureusement assez vite. Si l’on débouchait la galerie obstruée, on s’enfoncerait un peu plus loin en sous-sol… Pourquoi pas jusqu’au château ? Rien n’interdit de rêver que le propriétaire sorte un jour sa pelle et ses seaux !

On découvre aussi l’inattendue et métallique « cathédrale d’Ambroise »…
J’ai ainsi surnommée cette superbe halle métallique, toujours en activité, sur laquelle je suis tombée par hasard, en dessinant sous la pluie d’énormes emboutisseuses. L’un des ouvriers, me voyant me liquéfier, m’a fait entrer. Cette structure accueillit le pavillon des dirigeables lors de l’exposition universelle de 1900, avant qu’un entrepreneur local la rachète, la démonte et la transporte par train à Amboise. Sous ses verrières sont nées ente 1954 et 1964 les "Facel Vega" , bien connues des amateurs de carrosseries. Le mystérieux tunnel de l’Amasse n’est pas mal non plus !
Un interminable boyau de 770 mètres, une curiosité souterraine locale. Il s’agit d’un tunnel de dérivation du cours de l’Amasse - la rivière qui traverse Amboise - en cas de crue.

Votre meilleur souvenir de vos échappées amboisiennes.
Tout le périmètre est d’une richesse enthousiasmante, de la Renaissance au patrimoine industriel. Impossible de s’ennuyer visuellement, graphiquement, et donc difficile d’établir un classement ou de comparer.

Reverra-t-on votre Léonard en tongs ?
J’aimerais bien. Même si à l’heure actuelle je ne vois pas trop dans quel contexte je pourrais le faire resurgir.

À 10 000 kilomètres de là, vous rapportez un carnet d’Indonésie pour Kompilasi Komikus.
Autour du petit festival BD de Surabaya, Sylvain-Moizie, Clément Baloup, Joël Alessandra et moi nous sommes succédé d’une année à l’autre, pendant trois semaines et sur trois lieux : Jakarta, Denpasar (Bali), et Surabaya. Ces séjours sont dus à l’initiative d’un volontaire international en poste au Centre culturel français de Surabaya, où chaque auteur est intervenu pour une série de workshops assortis d’une expo itinérante. J’y ai séjourné en 2011, cinq années après un premier séjour de découverte, pour le plaisir.

Jakarta est qualifiée de ville « grouillante, tentaculaire, assourdissante ».
Même si tout retient l’attention, si chaque carrefour est passionnant, on sait qu’on ne fera qu’effleurer l’épiderme du mastodonte. Impossible de passer une journée dans chaque rue. Mieux vaut se concentrer sur ce qui est à portée de crayon.

Que se passe-t-il avec les trottoirs de Jakarta ?
Comme au Cambodge et d’autres pays, le piéton n’existe pas, et ce que l’on serait tenté d’appeler trottoir sert de perron ou de parking. Tous sont défoncés, plein de trous dangereux. Moi qui aime découvrir une ville en marchant, j’ai été obligé d’aller d’un endroit à l’autre en taxi. Quasi impossible de déambuler à pied, ce qui est aussi déstabilisant qu’angoissant, exaspérant et frustrant.

Les habitants sont très durs avec leur ville.
Il y a de quoi ! Franchement, c’est à vomir ! Une fois le choc passé - comptez deux jours -, on s’habitue, quitte à ressentir une sorte de fascination pour cet épouvantable scénario de méga-plantage urbanistique à ciel ouvert.

Vous parlez beaucoup de l’Indonésie à travers des planches de BD. Manque de temps pour croquer les environs ?
Non, j’avais simplement des choses à raconter. La BD n’est pas un pis-aller ; j’avais autant de croquis pour chaque lieu visité en Indonésie. Mais contrairement à Sylvain-Moizie qui peut tout faire en même temps, j’ai besoin de temps et de recul pour repenser à ce que j’ai à dire, chercher la meilleure manière d’y parvenir, quitte à me servir de photos. Même sans ce projet de livre, j’aurais fait ces pages de BD. C’est en repensant au voyage, après le retour, que les envies narratives émergent. Sur place, je ne fais que prendre des notes (y compris dans un cahier). Je ne sais pas raconter sur le vif. Et ce serait du temps perdu pour des croquis ou de la découverte !

Vous montrez votre retour à Ubud, visité cinq ans auparavant.
Retourner dans un endroit qu’on a aimé est un piège, car rien ne demeure. Surtout lorsque le tourisme - véritable rouleau compresseur - s’en empare. Adieu les ambiances intimistes ou privilégiées des débuts.

« Doit-on voir pour savoir ? » « La désolation se visite-t-elle ? » demandez-vous en parlant de Lusi, ville submergée par la boue.
Les pourquoi et les comment du voyage, le tourisme et ses paradoxes me passionnent. Je pose ces questions, car je n’ai pas de réponse absolue. Avec le bon regard, on peut tout voir, tout visiter. Reste à ce que chacun trouve l’attitude adéquate. Mais plus la visibilité d’un site s’organise, plus le regard risque de s’émousser ou se vicier.

Vous préférez le joyeux bazar de Surabaya à nos « normes de sécurité asphyxiantes et déresponsabilisantes ».
Nous vivons dans une société dramatiquement aseptisée, grise et sans vie. Plus d’enfants dehors, pas de mauvaise herbe, du bitume plutôt qu’une friche, du grillage plutôt qu’un endroit libre, des interdits partout, une distance maximale vis-à-vis de la nature - c’est sale ! -, bref, une dévitalisation généralisée, c’est déprimant… Je fuis ces normes et contraintes plutôt deux fois qu’une. Avec un peu de souplesse et de bon sens, voire du goût de la bienveillance, tout passe.

Quels sont vos outils pour dessiner d’après nature ?
Tout est permis, même si certains reviennent plus souvent que d’autres : l’encre de Chine (plume, pinceau, lavis), le graphite (du gros 10B au simple critérium), la craie noire, divers crayons, l’aquarelle, mais aussi tout ce qui me tombe sous la main, du simple stylo à la boue locale, la flaque à mes pieds pour le lavis ou l’aquarelle, du sang, le jus d’un fruit… J’aime l’inattendu, puisque le croquis est par nature inattendu. C’est aussi l’occasion de tenter un mariage (brou de noix/fusain), de réessayer un outil (sanguine) ou d’expérimenter une technique peu orthodoxe, comme redessiner dans la gouache fraîche avec le manche du pinceau. En 1999 vous autoéditez deux carnets à l’Institut Pacôme. Votre approche a-t-elle évolué en quinze ans ?
Fondamentalement, non. S’il existe de nombreuses approches du carnet, du journal de bord à l’album d’aquarelles, je me situe plutôt dans le registre de la prise de notes graphiques. J’ai rarement passé plus d’une heure sur un croquis, mes formats sont la plupart du temps assez réduits.

Qu’est ce qui vous stimule dans la pratique du carnet ?
La liberté du dessin sur le vif, l’inspiration spontanée sans préméditation, le plaisir de l’improvisation sans filet, l’émergence d’une observation imprévue, la progression chronologique de ce livre vierge qui s’écrit au fur et à mesure que l’on s’imprègne de ce qui nous environne… Le défi de croquer parfois en un temps court, avec les moyens du bord, ou sans lumière, en équilibre, dans le vent, l’eau… Le carnet aiguise l’œil, on finit par être en chasse et on se réjouit de dénicher son gibier. J’aime « faire sujet » de ce qui semblait ne pas s’y prêter, faire ressortir un détail, une composition et tâcher de lui apporter un sens. « Carnettiser » n’étant ni un métier, ni un savoir faire, ça ne peut donc jamais devenir une production routinière, répétitive. Si on sort son carnet; c’est qu’on a de la fraîcheur à lui apporter. Il y a quelque chose de ce que serait le haïku à la prose. C’est une fantaisie sérieuse. Mais aussi un peu le livre de sa vie, si on met tous ses carnets bout à bout.

Sur le site des Carnettistes Tribulants, vous qualifiez l’exercice de « fenêtre qui aère vos divers projets ».
En Bande dessinée, le dessin est assujetti au carcan de la narration, de son contenu, de sa lisibilité. On ne dessine pas, on raconte. Le carnet, c’est la liberté absolue, le dessin tout nu sans pudeur, sans atours, sans se soucier de qui le regardera. Il a tous les droits, d’aller de venir, d’exister ou non, d’être moche, raté, raturé, colorié, bariolé, à peine esquissé… et surtout, il est totalement gratuit. Un carnet se ferme et ne se montre qu’à qui l’on veut. On peut se garder secret. Si je veux dessiner un crapaud écrasé, ça ne regarde que moi ! C’est aussi par l’observation que l’on enrichit son vocabulaire de formes, la justesse de son trait, la vérité du détail, ou sa science du cadrage. Puis j’aime découvrir une nouvelle envie graphique jusque-là insoupçonnée. C’est un peu apprendre à se connaître.

Qui sont les Carnettistes Tribulants ?
Une joyeuse bande de fondus du carnet, issus de tous les horizons artistiques et regroupés en association pour la cause collective, par exemple pour des projets de livres. Ce groupe, fondé au début des années 2000, est né de nos rencontres répétées sur les salons de carnets de voyage, de l’amitié qui en émergea et de l’envie naissante de faire des choses ensemble. À l’heure actuelle, l’association est l’auteure de cinq livres très différents dont le dernier recueille des portraits de paysannes d’aujourd’hui, publié dans la nouvelle collection dédiée aux carnets de La Boîte à bulles.

Lors de votre travail de carnettiste, discutez-vous beaucoup avec les gens ?
Je ne vais pas facilement vers les gens, par contre, stationner à la vue de tous, un carnet ouvert dans les mains avec un dessin en train de se faire au bout du crayon, suscite souvent la curiosité. Rencontres et dialogues peuvent s’amorcer, déboucher sur encore plus d’inattendu. D’un pays à l’autre, il est amusant de constater les très grandes variations de réactions que cela suscite, de la foule hilare au Burkina Faso, à l’encouragement souriant de passants silencieux et attentifs en Chine. Par ailleurs, je pratique assez peu le portrait - de tous, l’exercice le plus casse-cou. Les gens sont très susceptibles !

Vous dessinez dans des positions inconfortables, entre les nids de pigeons, les toiles d’araignées…
Je me passerais volontiers de certaines difficultés comme la pluie ou le vent - la page chahutée par les bourrasques, ça rend fou ! -, mais les contingences apportent souvent un élément de vie qui n’aurait pas pu se calculer ou se vouloir. Dessiner dans un car cahotant, c’est un peu dessiner le mouvement, et dessiner à l’encre sous la pluie, c’est accepter sa participation larmoyante. Croquer la nuit, aussi, voire presque sans lumière. Il n’y a guère que le froid qui me semble à peu près sans intérêt. Il est stimulant de dénicher un point de vue rare qu’il a fallu mériter !

Aujourd’hui, sur quoi travaillez-vous ?
Je me suis mis à des projets de petits livres, je réfléchis à une suite à L’Empire des Hauts Murs, je trie, je cherche à hiérarchiser les priorités… Il faudrait aussi que je fasse quelque chose de mon tas de pages de récits de voyage - dont 80 sur la Chine. Bref, je suis dans une phase avancée souterraine, de défrichage.