La boite à bulles - librairie de bandes dessinées
   
BODIN Nathalie
   
 
 
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  Après des études en communication aux Beaux-Arts d’Angers, Nathalie Bodin se lance dans l’écriture et l’illustration de livres jeunesse. Elle rencontre en 1970 l’atelier angevin « La Boîte Qui Fait Beuh » qui la pousse à entrer dans le monde de la bande dessinée. Elle publie son premier album, Gus le menteur, aux éditions Delcourt avec Eric Omond au scénario. Après plusieurs participations à des collectifs, elle dessine et scénarise Ourachima le brave (Delcourt), qui retrace les aventures d’un petit garçon japonais rêvant de devenir samouraï. Nathalie Bodin continue la bande dessinée jeunesse en publiant dans des magazines tels que « Spirou » et « je Bouquine ». Aujourd’hui elle s’adresse à un public plus âgé avec Au Ritz Des Fritz, (La Boîte à Bulles), album en noir et blanc qui donne la parole aux antinazis allemands.  
 
Liens de l'auteur


> Interview par Planète BD pendant le Festival d'Angoulême 2016


Coup de coeur de l'auteur

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> Au Ritz des Fritz



> Ourachima le brave (Delcourt)
> Gus le menteur (Delcourt)
> La Fontaine aux fables (Delcourt)
> Chasons en bandes dessinées (Petit à Petit)

Images bonus




Revue de presse
 
Frankreich Erleben par

Nathalie Bodin, comment avez-vous eu connaissance de cette histoire de prisonniers Allemands envoyés aux Etats-Unis ?
C'est quelque chose qui est très peu connu en France. En fait j'ai appris par hasard au cours d'un journal télévisé que des soldats allemands de la Seconde Guerre Mondiale avaient été capturés et emprisonnés dans des camps, en Bretagne. J'ai partagé aussitôt cette information avec ma soeur Marie Delaunay, qui est réalisatrice de documentaire à Rennes., en me disant que le sujet pourrait l'intéresser puisqu'il concerne sa région. De mon côté, mon intérêt pour cette histoire de prisonniers allemands n'a fait que croître. Quand j'ai appris qu'on envoyait les soldats allemands dans des camps aux Etats-Unis et au Canada où ils se livraient à des luttes intestines, je suis tombée des nues !
Et aussitôt, vous avez décidé d'en savoir plus ?
Oui. Le sujet m'a tout de suite passionné. Il fallait que j'en sache davantage. Je voulais comprendre. J'ai alors commandé le livre qui me semblait le plus documenté sur le sujet: « Les prisonniers »de Daniel Costelle. J'y a découvert de nombreux témoignages d'Américains, militaires et civils, et d'Allemands, nazis et antinazis, ayant vécu dans ces camps ainsi que des extraits d'un roman autobiographique écrit par un allemand antinazi, Hans Werner Richter. J'ai donc également lu son livre, « Les vaincus », dans lequel il fait part de son quotidien d'allemand antinazi et socialiste dans un camp américain à dominante nazie. Ces deux livres, ainsi qu'un troisième « Trop loin de Berlin » (de Caroline Bergeron et Yves Bernard), qui traite du quotidien des prisonniers allemands au Canada, ont été de vraies mines d'informations et leur lecture aurait dû suffire pour écrire mon scénario. Mais une fois lancée à me documenter sur le thème des prisonniers allemand en Amérique, j'ai été amenée à me poser beaucoup de questions sur l'Allemagne de ces années-là et notamment cette question qui, semble-t- il, revient périodiquement et de façon universelle: sur quoi s'articulent la peur et le silence d'une population (dans le cas des prisonniers allemands, jusque dans des camps de prisonniers aux Etats-Unis) ? J'ai donc continué à me documenter ! Et au bout de quelques mois, je me suis retrouvée à la tête d'une documentation éclairante, mais tentaculaire! Il a fallu que je fasse le deuil d'un certain nombre d'informations que j'avais recueillies pour arriver à dégager un fil conducteur, un angle sous lequel j'avais envie de raconter cette histoire de prisonniers allemands. Et de là, montrer un autre visage de l'Allemagne : l'Allemagne anti-hitlérienne et résistante !
Qu'est ce qui vous a particulièrement motivé à vous lancer dans la réalisation de cet album?
En fait, ce qui m'a intéressé dans l'histoire de ces prisonniers allemands aux Etats-Unis, c'est que le danger n'est pas venu de l'ennemi américain qui aurait imposé de mauvaises conditions de détention aux prisonniers... En réalité, les camps américains faisaient figure de prisons dorées ! On y jouait même au foot sur de vrais terrains. D'où le titre de l'album, Au Ritz des Fritz: il s'agit du nom donné par les Américains à ces camps, en référence aux luxueux hôtels Ritz. Pour autant la vie dans ces camps était loin d'être simple. Le danger est venu essentiellement de divergences idéologiques entre prisonniers, nazis et antinazis, et sans l'intervention des Américains un certain nombre de ces prisonniers antinazis n'aurait pas survécu à ces années d'internement! À ma connaissance, il n'y a pas de cas similaires dans l'histoire des prisonniers de guerre. Et puis je me suis rendu compte en me documentant que l'image que j'avais de l'Allemagne durant la guerre était fausse: comme beaucoup de Français, j'avais celle d'une Allemagne unie contre Hitler. A l'école et au lycée, on nous avait longuement parlé des mouvements militaires, des batailles, mais il n'y avait jamais eu d'approche moins « technique », plus « humaine », qui aurait nécessairement abordé la question de la résistance. J'ai voulu travailler là dessus, je me suis dit que ça pouvait intéresser d'autres personnes, et en plus j'avais envie de passer à autre chose que la littérature jeunesse.
Aborder un tel sujet par la bande-dessinée, c'est osé ? d'autant plus lorsqu'on est une femme?
Disons que ce n'est pas habituel. Mais étant donné que le dessin est outil d'expression depuis 1997, il m'est apparu naturel de l'utiliser pour dire des choses. Ce qui est certain en tous cas, c'est que dans l'esprit collectif ce n'est pas une « thématique de fille », effectivement. Mais c'est bien tombé: j'avais aussi envie de ne plus faire des « trucs de filles » comme on me le faisait parfois comprendre. C'est quelque chose qui m'agace toujours d'ailleurs, quand on m'invite à une manifestation en me disant qu'il n'y aura que des femmes-auteurs, comme si c'était une « fleur ». On s'habitue à associer les femmes-auteurs au monde exclusif de la littérature jeunesse. Mais déjà, avec mon album Ourachima le Brave j'avais cherché à apporter un autre regard, à dire quelque chose. Un homme aurait surement traité le sujet différemment, il aurait je crois été plus dans l'action des prisonniers. Je pense avoir traité le sujet de façon plus analytique.
Vous pensez qu'un auteur allemand aurait pu réaliser cet album de la même façon?
Je réalise que je ne me suis jamais posé la question! mais vous avez raison, c'est une vraie question. Il n'est pas facile d'y répondre d'ailleurs. Probablement qu'un Allemand aurait eu du mal à faire cet album je pense. En tant que française, cela a sûrement été plus simple pour moi. Un Allemand, on aurait pu, peut-être et malheureusement, lui reprocher de vouloir « racheter » l'image de son peuple. Moi j'étais totalement libre. C'est un atout important pour réaliser un tel album.
Nathalie Bodin, wir danken Ihnen für das Gespräch.
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