La boite à bulles - librairie de bandes dessinées
   
Berthet One
   
 
 
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  Berthet One est un ancien détenu qui a réussi sa réinsertion : incarcéré après un braquage de bijouterie, il reprend ses études en prison (Bac & BTS) et s’y (re)découvre une réelle passion pour le dessin.
De caricatures en croquis d’humour, Berthet prend la décision de vivre de ses dessins une fois sa peine purgée.
Le premier tome de L’Evasion sort en 2011 chez Indeez Urban Editions, poussé par l’agent du rappeur Sefyu et encouragé par des personnalités comme le dessinateur Cabu ou l’acteur Pascal Légitimus. En 2015, Berthet publie le deuxième tome de L'Evasion: Vive la liberthet ! aux éditions la Boîte à Bulles.
Berthet vit maintenant à Aubervillers, dans le 93.
 
 
Liens de l'auteur


> Reportage sur Berthet One dans L'Autre JT sur France 4

> Interview de Berthet One sur Radio Africa One par Aïssa Thiam

> Reportage sur Berthet sur Le Mouv'

> Interview de Berthet One sur Radio Libertaire

> Interview par Planète BD au Festival d'Angoulême 2016


Coup de coeur de l'auteur

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> L'Evasion T.02
> L'Evasion T.01




Images bonus


Crdit: TEFY

Revue de presse
 
Culture BD par Line-Marie

Poussé par son public Quel est ton rapport avec la prison aujourd’hui ?
Berthet One : J’interviens dans les prisons, car quand j’étais incarcéré, j’ai participé à plein d’ateliers. Ça m’a permis d’écrire, de reprendre mes cours, etc. Et je me suis rendu compte que des gens venaient nous donner de leur temps alors que ce n’est pas notre famille ou nos amis. Je suis devenu dessinateur grâce à eux, donc je me suis promis de revenir en prison pour rendre la pareille.
J’ai créé une association pour les interventions en prison : maintenant je fais ça dans toute la France. C’est ma partie sociale. Dans mon univers artistique, je veux passer à autre chose, pour poser autrement mes galons d’artiste.

Tu avais promis qu’il n’y aurait pas de deuxième tome, comment en es-tu arrivé à Vive la Liberthet ?
Le premier album s’est fait de manière un peu particulière : entre les quatre murs de la prison où je décrivais ce que je voyais. En sortant, je me suis dit qu’il fallait vraiment que j’arrête avec ce thème : le problème, c’est que les gens m’ont harcelé pour savoir la suite.
Je me suis toujours fait pousser par le public : pour le premier tome, comme je dessinais sur la prison, il fallait des autorisations pour sortir les dessins. Quand je ne dessinais pas pendant un moment, la hiérarchie qui devait valider ces dessins pour la sortie demandait où étaient mes planches suivantes !
J’ai donc fait une suite pour répondre au public, qui voulait savoir ce que mes personnages sont devenus, mais je ne voulais pas reparler de l’univers carcéral directement, d’où mon album sur la sortie de prison. Je voulais décrire l’après, car beaucoup de gens pensent que la page se tourne facilement, alors que certains peuvent être cassés par ces semaines, ces mois, ces années coupées du monde.

Pourquoi avoir choisi Berthet One comme pseudonyme ?
Berthet, c’est mon prénom et je voulais le garder comme pseudo. Comme ça peut porter confusion avec Philippe Berthet le grand dessinateur. Je ne peux pas rivaliser, donc j’ai fait appel à ma culture graffiti : on met souvent « one » derrière le nom. Le tour est joué, j’utilise mon prénom mais j’évite la confusion.

Tu as gardé même ton prénom pour ton héros !
Ce n’était pas prévu que cette BD soit imprimée : c’était juste pour faire marrer les copains. Quand j’ai fait les premières planches, tout le monde m’a poussé à continuer et à chercher un éditeur. Quand je me suis rendu compte que ça pouvait être publié, je n’allais pas changer le nom de mon personnage, donc c’est resté Berthet !

D’ailleurs ton double ne te ressemble pas tout à fait…
Si je m’étais dessiné beau gosse musclé comme je le suis naturellement, ça n’aurait pas été marrant [Rires]. Je voulais parler de moi en passant par une sorte d’avatar, mais pas du genre héros pour qui tout va bien… Donc je me suis enlaidi et ai créé un avatar gringalet ! Du coup il s’agit du vrai Berthet, mais il est en galère, pas sûr de lui, avec ses découvertes et ses craintes. Ce personnage c’est donc moi mais pas vraiment moi.
Quand j’écris mes histoires, ça part toujours d’un élément déclencheur que j’amplifie. Pour la scène d’ouverture avec les mamies en plein commérage, c’est parce que j’imaginais ma pauvre maman et le regard des gens qu’elle devait subir. Pour la salle d’informatique qui s’est fait cambrioler, c’est pareil. Dès qu’il arrivait un truc dans le collège où je bossais comme pion, je me disais, ça y est ils doivent tous penser que c’est moi… La réalité déclenche donc toujours les gags de L’Evasion.

La caricature comme expression
Comment as-tu choisi tes personnages récurrents ?

J’ai choisi des mentalités et ai changé le physique. J’ai pioché dans mes potes et ai créé des stéréotypes avec le graphisme associé.

Même le gardien carré ?
Ce gardien a une vraie histoire : dans la prison, un des gardiens était un vrai robot, hyper costaud, qui suivait le règlement plus qu’à la lettre. Il en perdait son côté humain. Je n’arrêtais pas de lui dire, mais tu es trop carré toi, d’où sa tête…

Quant au prof avec sa tête immense ?
Stéphane Huïjbrets est prof de math et de français : je l’ai caricaturé et lui ai laissé son vrai nom, car c’est vraiment quelqu’un d'exceptionnel. Il fallait que je lui rende hommage ! Quand j’arrivais en cours, j’étais toujours pressé de lui faire lire mes planches, surtout qu’il corrigeait mes fautes d’orthographe et me donnait beaucoup d’espoir.
Quand j’étais en prison, je lui parlais de mes craintes par rapport à l’accueil de ma BD dehors. J’avais peur qu’un album sur cet univers si spécial qu’est la prison n’intéresse personne. Il m’a répondu que le milieu carcéral c’est une mini-société et, vu qu’on peut lire ma BD sans rien connaître à cet univers, elle permet de le découvrir par le rire, ce qui change de tous les reportages alarmistes…
Je sais que je ne suis pas le meilleur des dessinateurs mais j’ai des choses importantes à dire, toujours avec humour.

Comme les caractères de tes personnages principaux, tes traits sont très appuyés !
Comme je viens du graffiti, j’ai gardé quelque chose de ce trait. Mais je suis aussi un enfant du Club Dorothée et de ses animés japonais, qui m’ont beaucoup influencé. Je mêle vraiment les deux. Dans le premier tome je mettais beaucoup de noir et enlevais beaucoup de décors pour retranscrire l’enfermement. Et maintenant que je suis dehors, j’ai beaucoup travaillé les lumières, les couleurs, plus pétantes et bien sûr les décors !

Tu as rencontré même Cabu, ton idole…
J’ai grandi avec Cabu que j’admirais dans le Club Dorothée. Quand j’ai pu le rencontrer, j’étais comme un gamin ! Surtout qu’il a regardé mes planches et a ri quand il a vu mon dessin de lui. Il a en plus accepté de faire un dessin en préface ! A cause de la tuerie de Charlie Hebdo, il n’a pas pu le faire et j’ai mis sa dédicace en préface. Non seulement c’est mon idole et il est resté hyper simple mais en plus il était devenu un pote et un mentor…

Mais tu sembles toujours chercher de la reconnaissance…
Quand j’ai exposé avec mon crew de graf et que j’ai vendu des tableaux, j’ai enfin réalisé, ok je suis peut-être un artiste. Pareil quand j’ai tenu ma première BD imprimée ! Mais à chaque fois je doute de mon statut !

Et tes projets à venir ?
J’ai en cours une BD sur la Déclaration des droits de l’Homme pour les enfants, qui sortira sûrement en décembre. Et ça fait aussi un an qu’on écrit un film en partant de la BD L’Evasion. Je suis au scénario avec El Diablo et Seth, les créateurs des Lascars. Tout est déjà écrit, donc on devrait commencer la réalisation en janvier. Ce ne sera pas de l’animation, mais de la prise de vue réelle.
Sinon on est aussi sur un nouveau projet avec El Diablo : Babylone Inc. C’est une histoire longue autour d’un fils de maître du monde. Ce fils un peu bête vivait tranquille dans sa banlieue, jusqu’au jour où il apprend qu’il hérite de l’empire de son père.
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