La boite à bulles - librairie de bandes dessinées
   
KASSAï Didier
   
 
 
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  Illustrateur, aquarelliste et caricaturiste autodidacte, Didier Kassaï est né en 1974 à Sibut en Centrafrique. Il est connu pour ses aquarelles humoristiques et son active implication dans le dessin de presse centrafricain de 1994 à 1997, notamment dans la presse biblique de la Baptist Mid-Mission et dans le quotidien satirique "Le Perroquet".
Dès 1998, il participe à plusieurs résidences et festivals en Afrique, en Europe ou aux Etats-Unis. Co-auteur avec Olivier Bombasaro de Gypépé le pygmée et Aventures en Centre Afrique aux éditions Les Classique Ivoiriens, il signe aussi plusieurs albums collectifs dont certains en France.
En 2006, il est le lauréat du Prix africa e mediterraneo à Bologne avec Azinda et le mariage forcé ainsi que du concours "Vues d'Afrique" au Festival d'Angoulême avec Bangui la coquette.
Son premier album solo L'Odyssée de Mongou paraît en 2014 aux éditions l'Harmattan BD. L'année suivante il publie Tempête sur Bangui aux éditions La Boîte à Bulles (dont des extraits furent précédemment publiés dans La Revue dessinée), album qui sera bientôt suivi par Pousse-Pousse (L'Harmattan), déjà Prix du meilleur projet au festival d'Alger en 2009.
 
 
Liens de l'auteur


> Interview de Didier Kassaï par Takam Tikou

> Tempête sur Bangui dans La Revue Dessinée

> Didier Kassaï sur RFI par Sarah Tisseyre

> Interview de Didier Kassaï par Planète BD

> Interview de Didier Kassaï sur France 24 par Pauline Simonet

> Interview de Didier Kassaï sur Arte

> Interview de Didier Kassaï sur TV Tours dans l'Emission Tout sur un plateau

> Interview de Didier par Marc Lamonzie sur BoDoï

> Didier Kassaï sur les News du Camer


Coup de coeur de l'auteur

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> Tempête sur Bangui T.01



> L'Odyssée de Mongou (L'Harmattan BD)

Images bonus



Revue de presse
 
L'Avenir par Alain Wolwerth

« Tempête sur Bangui » est-il totalement autobiographique ? Tous les événements (y compris celui de votre cousin retenu pendant une nuit par la séléka) sont-ils réels ?
Dans Tempête sur Bangui je raconte mes propres vécus de la crise centrafricaine mais aussi la misère de tous les centrafricains, notamment les Banguissois qui se retrouvent dans une guerre qui n’est pas la leur. Ce n’est pas un polar, ni un livre d’aventures, c’est du témoignage. Tous les faits sont vérifiés et authentiques. C’est en quelque sorte du "copier-coller" de la crise réelle.

La situation que vous décrivez est horrible et, pourtant, vous parvenez à mettre dans votre histoire de la « légèreté », avec des proverbes, l’humour de certains personnages, etc. Cela ressemble-t-il aussi à la mentalité de la population de RCA malgré les souffrances qu’elle endure ?
Le Centrafricain n’est pas très fataliste, même si des fois on note une certaine violence dans les langages et les actes. Je pense que c’est cela qui nous a évité des massacres de masse, genre génocide, comme au Rwanda. Je suis parfois étonné de voir des gens sourire ou faire des bagues quelques heures seulement après le passage des soudards. A mon avis rire de cette foutue guerre est une thérapie (qui a montré son efficacité) pour garder la tête hors de l’eau, pour ne pas sombrer dans la déprime.

En occident, le conflit en RCA est vu par le grand public comme une sorte de guerre civile et religieuse qui concernerait toute la population. La force de votre histoire est de montrer qu’il y a surtout des « gens normaux » qui sont pris en tenaille entre un pouvoir officiel corrompu et des rebelles manipulés et sans foi ni loi. Est-ce quelque chose que vous vouliez vraiment montrer à travers cet album ?
Avant cette guerre il n’y avait aucun conflit entre chrétiens et musulmans, en dehors de quelques palabres des éleveurs speuls (musulmans) et des agriculteurs (chrétiens) qui sont vite réglés. En réalité, la religion a été utilisée par des manipulateurs pour drainer derrière eux des supporters. A la base de cette crise, il y a la conquête du pouvoir et le partage des ressources du pays par les différents acteurs qui veulent légitimer leurs actions en exploitant cette question religieuse et en profitant de la naïveté de la population (dont une partie s’est laissée embarquer dans les violences).

Vous aviez publié sur le site de La Revue dessinée "Bangui, terreur en Centrafrique". Cet album est-il le fruit de ce travail ou avez-vous tout repris depuis le début ?
Ce qui a été publié sur le site de La Revue Dessinée n’est que l’extrait de toute l’histoire qui a commencé avec le déclencheur de la rébellion des Seleka dans le nord du pays. Il fera d’ailleurs l’objet du tome 2 que je vais bientôt commencer réaliser pendant ma résidence ici, en France.

Aujourd’hui, quelle est la situation des habitants de Bangui ?
Aujourd’hui un calme apparent règne sur Bangui où, de temps en temps, des bandes armés assimilés aux Seleka et aux Anti-balaka défient les forces internationales chargées de ramener l’ordre dans le pays en l’absence d’une armée nationale et d’une police digne de ce nom. La méconnaissance de la ville et des habitudes des centrafricains rend les opérations des forces onusiennes peu efficaces, compromettant ainsi le retour effectif de la paix. Trop de cas de braquages, trop de règlements de compte, les bandits armés continuent de faire la loi.

Raconter une telle histoire, qui critique tous les protagonistes qui se succèdent au pouvoir, n’est sans doute pas sans risque pour vous et votre famille ? (votre BD est-elle disponible en RCA ?)
Si on ne s’en tient qu’à notre petite personne, il n’y aura que des étrangers qui vont raconter notre histoire. Et puisqu’ils ne vivent pas les choses de la même manière que nous, ne sont pas forcément là où les évènements se déroulent (et surtout ne comprennent pas notre langue) il est évident qu’ils nous livreraient des récits qui manqueraient d’authenticité. J’ai toujours fait ce travail à mes risques et périls, sous le feu et les menaces d’agression depuis la chute du président Bozizé. Je faisais face tantôt à des menaces venant de la Seleka, tantôt des Anti-balaka. Mon épouse étant en plus musulmane et moi chrétien, imaginez quel effet ça fait dans un camp ou dans l’autre.
J’avais reçu quelques menaces sur Facebook venant de l’un et l’autre des camps en conflit, me traitant d’informateur pour la Seleka ou de partisans des Anti-balaka, selon les informations que je publiais sur Facebook et sur mon blog (www.dikassart.illustration.org) des chroniques de cette guerre avant même de lancer le projet de l’album. Ceci étant un acte de résistance patriotique face aux abus des groupes armés, je pense que j’ai ce droit de m’exprimer en me servant de mon art, et de le partager afin que le monde puisse comprendre et connaître le vrai visage de cette guerre très destructrice pour la Centrafrique.

Quelle est aujourd’hui la situation et des intellectuels en RCA ? Ont-ils les moyens de s’exprimer, comme vous ici grâce à Amnesty ?
Beaucoup d’intellectuels se sont retranchés pour une raison ou pour une autre. Pour illustrer, ceux qui craigne pour leur vie disent tout bas ce que je raconte tout haut, et ceux qui vendent leurs âmes pour avoir un poste au gouvernement ou dans l’administration de l’État ou pour ne pas le perdre, s’ils en ont déjà, s’enferment dans le mutisme le plus absolu. Il y a cependant quelques courageux qui osent braver l’absurde et arrivent à lever la voix pour dénoncer les manipulations et injustices auxquelles la population est confrontée.

Quel a été l’apport d’Amnesty International dans la réalisation de votre album ? Avez-vous beaucoup puisé dans leur documentation ?
J’ai réalisé mon album en toute indépendance. Je me suis servi de mes propres sources et, après vérification, Amnesty International a jugé authentique le récit et a décidé d’appuyer l’édition du livre. C’est une belle reconnaissance et un honneur pour moi.

Votre album s’achève sur une note plutôt pessimiste sur l’avenir de la RCA ? Avez-vous encore l’espoir que le pays s’en sorte et si oui, grâce à qui ou à quoi ?
En fait, l’album s’arrête juste avant la nouvelle phase de la crise déclenchée par l’invasion de Bangui par des Anti-balaka en décembre 2013. Les tomes suivants raconteront la suite des évènements. A mon avis, l’espoir renaîtra si nous, Centrafricains, décidons de mettre un terme à cette guerre. La paix reviendra lorsque les milices seront désarmées, et que chrétiens et musulmans accepteront de se donner la main tout en évitant d’être de nouveau manipulés et que la justice soit faite pour les victimes.