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CHMIELEWSKI Daniel
   
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  Daniel Chmielewski est né à Berlin (Allemagne) et vit à Varsovie en Pologne. Scénariste, peintre et illustrateur diplômé de l’Académie des arts-graphiques de Varsovie, il a scénarisé et dessiné plusieurs bandes dessinées en Pologne. En 2015, il publie en France Voyeurs avec Marcin Podolec au dessin, aux éditions La Boîte à Bulles.  
 
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Revue de presse
 
Casemate #82 par Sonia Déchamps

Quand l’amour s’endort, comment le réveiller ? En s’inventant de nouvelles premières rencontres, par exemple. Mais jusqu’où aller dans danger ? Voyeurs, album hors-norme venu de Pologne, est traduit par Marzena Sowa, l’auteure de Marzi.

Qui sont Dominika et Szymon ?
Daniel Chmielewski : Un jeune couple, marié depuis quelques années, sans enfants. Installé dans une certaine routine, entre projets immobiliers, exigence des patrons et problèmes d’argent - comment se séparer de quelqu’un avec qui vous avez souscrit ensemble un crédit de trente ans ? C’est ce qu’on appelle le poids de la réalité. Au cinéma, Truffaut peut par exemple terminer ses Quatre Cents Coups par une image de liberté, d’évasion. Mais, après le générique, la vie continue.
Pour lutter contre cette routine, Dominika et Szymon choisissent, comme beaucoup de personnages de Ballard, célèbre auteur de SF britannique des années soixante-dix, de se créer une réalité alternative. D’un côté, leur vie normale, semblable à celle de tant d’autres couples. De l’autre des scénarios de rencontre dans lesquels ils deviennent des étrangers l’un pour l’autre. Des étrangers qui bien sûr vont s’aimer comme on s’aime lors des premières rencontres.

Comment cette histoire est-elle née ?
D’un flash, alors que je me brossais les dents un matin, après le petit-déjeuner. Je suis sorti de la salle de bain et j’ai annoncé à Olga, ma femme, que j’avais un nouvel album en tête. Un mois après, le scénario était prêt.

Ces histoires sont-elles autobiographiques ?
Principalement, oui. C’est pour cela que je voulais que l’album soit dessiné par quelqu’un d’autre, de façon à ce que les lecteurs polonais, qui connaissent mes BD, puissent se concentrer sur l’histoire, et ne voient pas en elles un conte exhibitionniste de Daniel Chmielewski sur sa vie sexuelle.

Ce livre est quand même dédié à votre femme…
Comme une « note d’amour », quelque chose d’intime entre elle et moi. Mais aussi public puisque tout le monde peut le lire. Ce qui est étroitement lié au concept présenté dans l’histoire elle-même.

Laquelle de vos petites histoires préférez-vous ?
Celle où Szymon voit sa partenaire dans les bras d’un autre alors qu’il n’est pas censé être là. Je suis d’un naturel très curieux. Au lycée, déjà, je me demandais si ma première copine, en classe, était cool ou loser, si elle gérait bien son stress. On ne peut pas croire les gens sur parole, il les observer soi-même.

Accepter que sa femme couche avec un autre homme n’est pas donné à tout le monde…
Non, et je ne pense pas qu’il faille le faire juste pour l’envie d’expérimenter. La plupart des gens ne sont pas prêts à faire face à tous les problèmes que la réalisation d’un tel fantasme peut entraîner, abaissement de l’estime de soi, insécurité affective, etc. Cette situation se produit avec une dispute entre Dominika et Szymon. Dominika transforme l’énergie négative qui en jaillit en quelque chose qui finalement se révélera positif pour eux deux.

Considérez-vous néanmoins que vos personnages sont fidèles ?
Oui. C’est l’aspect le plus important de leurs agissements. En faisant des choses qui sont socialement inacceptables pour certains de leurs amis, comme le collègue de bureau de Szymon, ils créent leur propre autonomie, un lieu dans lequel ils se sentent en sécurité.

Fidélité, notion relative ?
L’ami de Szymon parle de la fidélité en termes de propriété : « Ma femme, mon objet, personne n’est autorisé à la toucher. » Si votre femme couche avec un autre sans vous le dire, cela veut dire que vous avez un sérieux problème de communication. Si vous trompez secrètement votre femme, c’est que vous ne pouvez réellement être vous-même avec elle.

Votre érotisme est un érotisme doux.
J’avais besoin que ce livre parle du sexe comme une façon de communiquer, il devait donc être érotique. Mais, montrant la vie normale, sans drame, cet érotisme devait être lui aussi normal. La scène dans laquelle Dominika tient doucement sa botte au-dessus de son mamelon se fonde sur la projection puissante, abstraite et métaphorique, mais brutalement sincère, de corps qu’on découvre dans les films de Philippe Grandrieux, Sombre et La Vie nouvelle.

Votre recette pour cimenter un couple ?
Ecouter son partenaire. Avec ma femme, nous nous disputons beaucoup et, de temps à autre, flirtons dangereusement avec le point de rupture. Ce qui nous maintient ensemble (hormis, bien sûr, notre enfant), c’est la tolérance, la compréhension et un réel intérêt pour ce que l’autre fait et veut. Dans Voyeurs, les fantasmes de Dominika et Szymon fonctionnent parce qu’ils en discutent, s’écoutent l’un l’autre et les mettent au point ensemble. Sinon, interpréter de tels jeux de rôle, sans une compréhension, une intimité profonde, ne pourrait déboucher que sur des frustrations.

Croyez-vous aux couples qui durent toujours ?
Je ne pense pas que rester ensemble soit un impératif. Le mariage de mes parents était pourri, ils se sont séparés. Et j’ai gardé tous les mauvais côtés de mon père… Olga et moi pensons qu’il vaut mieux mettre un terme à un mariage qui ne fonctionne plus plutôt que de gâcher nos vies en restant ensemble. J’ai une vision très pessimiste des relations humaines. Il me semble que la plupart des parents ne sont pas aptes à l’être. Lorsque nous nous disputons devant notre fille, lorsque je réalise que ce qu’elle voit et ce qu’elle entend restera en elle toute sa vie, je me sens très mal. Je me console en me disant qu’au moins nous prenons vraiment soin d’elle, nous l’écoutons, lui offrons un cadre tout en respectant sa liberté.

Votre recette pour la vie à deux ?
S’écouter, se concentrer uniquement sur son couple, ne pas chercher à se conformer à ce que répètent la société ou les médias, ne pas tomber dans le stéréotype genre « les femmes ont besoin d’avoir l’air sexy tout le temps » ou « les hommes sont des êtres simples qui ont besoin de temps libre. »

C’est si difficile la vie en couple ?
Souvent, les femmes fortes obtiennent une bonne place dans la société, une belle carrière, une stabilité émotionnelle et financière. J’ai un temps travaillé dans une société d’acheminement de courrier, avec un salaire très bas. La plupart des hommes (moi compris) gagnaient moins que leur femme. D’où des relations tendues. Les mecs me demandaient s’ils devaient essayer de sauver leur relation. Je m’amusais à leur répondre : « Non ! Vous et moi sommes des bons à rien qui gagnons peu. Laissez votre femme faire sa vie… et trouver quelqu’un de mieux ! »

Une sorte de douceur, de quiétude, se dégage de votre livre.
Oui, je tenais à ce que les évènements de la vie quotidienne soient comme en partie gommés de la réalité. Du coup, un accident de la route n’est qu’un élément du paysage urbain, et non un drame. Je cherche, dans mes œuvres récentes, à parler de la réalité, à procurer l’excitation sans utiliser les dispositifs littéraires habituels. J’ai le sentiment qu’une telle approche, si elle peut peut-être nuire à l’histoire, permet au lecteur de se concentrer sur l’éthique sous-tendue par l’histoire. On invite trop souvent le lecteur à fixer son attention sur le style de l’écriture. Ça le rend paresseux, satisfait de la façon dont une chose a été écrite, sans qu’il se penche vraiment sur le contenu de ce qu’il a lu.

Avez-vous donné des indications que le physique de Dominika et Szymon ?
Simplement qu’ils étaient moyens, ni trop beaux, ni trop moches. Marcin a collé une moustache à Szymon et, surtout, a pris comme modèle, pour Dominika, sa petite amie, très attirante. Et fait, du coup, de cette BD une affaire personnelle. Une lettre d’amour, sa lettre d’amour. J’ai trouvé cela fascinant.