La boite à bulles - librairie de bandes dessinées
   
COMBROUZE Sylvain
   
 
 
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  Né en 1977 à Limoges, Sylvain Combrouze vit encore en Haute-Vienne, non loin d'Angoulême. Il en a fait du chemin depuis les cours de dessin à la MJC de Palaiseau durant son enfance. Il est passé par les Arts appliqués à La Souterraine puis tout en travaillant pour le monde du carton, il a participé au concours « Jeunes Talents » en 2007.
Prison d'ébène est sa première bande dessinée, œuvre qu’il a mis des années à peaufiner…
 
 
Liens de l'auteur


> Interview de Sylvain Combrouze par l'Oncle Fumetti

> Interview de Sylvain Combrouze par MaXoE

> Interview de Sylvain Combrouze par Planète BD


Coup de coeur de l'auteur

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> Prison d'Ébène




Images bonus


Crdit : Jean-Pierre FAURE

Revue de presse
 
Le Quotidien par Pablo Chimienti

"Un récit fantastique sur trois siècles»
Deux histoires, deux époques et un personnage qui fait le lien entre les deux. C'est Prison d'ébène, le très beau premier roman graphique de Sylvain Combrouze.


Pablo Chimienti : C'est sacrément audacieux, pour son premier roman graphique, de proposer une œuvre sans texte. Pourquoi ce choix?
Sylvain Combrouze : Pourquoi pas? En fait, au début du récit, il y avait du texte. Mais je me suis vite aperçu que pour garder un côté mystérieux, ce climat un peu sombre... c'était mieux de l'enlever. Cela donne une ambiance particulière qui me parle. Certes, ce n'était pas choisir la facilité, car ce "silence" demande une grande rigueur dans le découpage, avec le plus souvent trois bandes et six cases. Un parti pris radical, certes, qui a demandé plus de travail et une grande pagination – car il faut parfois une planche pour raconter ce qu'avec du texte on peut raconter en deux cases – mais qui fonctionne finalement bien mieux. Ça oblige le lecteur à prendre part au processus créatif, car il doit
vraiment s'approprier
l'histoire.
Mais bon, il y a un tout petit
peu de texte dans
le dessin lui-même, car j'ai
voulu utiliser
pleinement
toutes les possibilités du
dessin,
tous
ses
codes :
utilisation du noir et blanc ou de la bichromie, du pourtour des vignettes, les pages noires recto-verso, les chapitres...

Le livre est sans texte, mais aussi sans numéro de page.
Ça fait partie de l'ambiance. Je ne voulais pas que le lecteur s'arrête, qu'il puisse facilement revenir en arrière, puis repartir en avant, car il n'aurait pas compris quelque chose. Je voulais qu'il continue la lecture.

Comment est né ce récit qui trimbale le lecteur de l'île de Gorée au XVIIIe siècle à la ville de Nantes aujourd'hui ?
J'ai toujours été
attiré par les récits
un peu fantastiques, surréalistes,
les contes. Je voulais donc raconter
une histoire dans cet esprit-là. Un jour, j'ai vu un reportage sur le vaudou et la magie noire. Ça m'a beaucoup intrigué, d'autant que je vivais à Nantes à l'époque et que j'ai fait un lien avec les esclaves et la traite négrière. Tout ça a amené un imaginaire très fort et j'ai senti le besoin de le mettre sur papier. J'ai donc gardé un fond historique et je raconte, au-dessus de ça, le temps qui passe, l'ambivalence des gens, l'enfance, les choix qu'on doit tous faire, la filiation, l'amitié, la vie, la mort...

Et il y a Nantes aussi. D'un côté, vous montrez que c'est une ville magnifique, de l'autre, vous rappelez qu'elle accueillait un des principaux ports négriers de France.
Oui, c'est vrai. Cela fait partie de l'histoire de la ville. Mais aussi de notre histoire à tous, puisque cela a été à peu près pareil dans tous les grands ports. Nantes, en tout cas, n'a pas oublié, il y a un musée là-dessus et la ville commémore tous les ans l'abolition de l'esclavage.
Il y a de ça dans le livre, mais ce n'est pas non plus Les Passagers du vent de François Bourgeon qui est centré sur la traite des Noirs. Moi, je reste dans l'évocation. Dès le titre d'ailleurs, avec ce Prison d'ébène qui évoque la prison dans tous les sens du terme, qu'elle soit physique pour les esclaves ou mentale pour le personnage principal qui doit se libérer d'une sorte de malédiction.

Il est question de traite négrière, mais aussi des jeunes de nos jours qui n'arrivent pas à se loger. Des sujets durs que vous contrebalancez par pas mal d'amour et une idée de rédemption.
Oui, et aussi par pas mal d'amitié et d'espoir. Mais bon, tous les personnages du XXIe siècle, finalement, ne sont que des observateurs de cette histoire qui traîne depuis quelques siècles. D'ailleurs, ils ne sont même pas témoins directs de tout ce qui se passe autour du personnage principal. Même Lucien, le jeune, finalement, jusqu'à l'épilogue, il ne connaît rien de l'incroyable histoire d'Ernest. Pour lui comme pour les autres, Ernest n'est qu'un vieil homme gentil, jovial et généreux qui habite dans l'immeuble, mais ils ne voient rien du côté sombre de son passé qui est pourtant en train de le rattraper.

Oui, Ernest est le fil rouge de l'histoire. Il fait le lien entre les deux espaces et les deux époques.
Oui, il fallait un fil conducteur entre les deux périodes de l'histoire, entre ces trois siècles qui les séparent. Au départ, on ne sait pas tout de suite qu'il s'agit du même personnage, mais tout s'imbrique au fur et à mesure dans ce récit en puzzle où tout prend son sens à la fin.

Pour raconter la partie du récit qui se passe au XVIIIe siècle, vous restez dans un strict noir et blanc. Par contre, pour le XXIe siècle, vous ajoutez ci et là des touches de couleur monochromes.
Ça permet de distinguer visuellement immédiatement les deux périodes. La bichromie a donc une valeur essentiellement narrative. Mais il n'y a pas que ça qui différencie les deux périodes. Le graphisme change un peu aussi avec un trait plus léger pour dessiner le présent. C'est effectivement un des moyens pour raconter cette histoire et faire en sorte qu'elle arrive au lecteur sans avoir à passer par la parole.