La boite à bulles - librairie de bandes dessinées
   
LOTH Bruno
   
 
 
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  C’est en 2006 que Bruno Loth réalise sa première Bande dessinée Ermo. Pour l’occasion, il crée sa propre maison d’édition avec le label indépendant « Libre d’images ». Ermo est un jeune débrouillard de 12 ans, sans parents ni attache, qui va suivre des saltimbanques à travers leur tournée. Nous sommes en 1936 et la petite troupe va rapidement se retrouver confrontée au fascisme dans une Espagne oscillant entre guerre civile et révolution... Cette aventure est largement inspirée par l’histoire de la famille de sa compagne. La série en est aujourd’hui à son quatrième tome.

Cette première histoire a marqué les esprits de ses lecteurs (grand prix du public 2009 au Salon de la BD de Bassillac), mais aussi de La Boite à Bulles qui le contacte pour l’accompagner sur son nouveau projet, L’Apprenti, récit qui nous ramène également au cœur des années 30, d’après les mémoires d’un autre membre de sa famille : son père.
 
 
Liens de l'auteur


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> Entretien avec Bruno LOTH

> Interview de Bruno Loth sur France 3 – 19/20 Aquitaine du 25/01/2015

> Interview sur BoDoï par Marc Lamonzie

> Interview dans BSC News #90


Coup de coeur de l'auteur

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> Apprenti
> Apprenti T.2
> Apprenti T.3
> Dolorès
> Intégrale Apprenti & Ouvrier Mémoires d'un Ouvrier
> John Bost, un précurseur
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Revue de presse
 
Le Quotidien # 18/01/2011 par Pablo Chimienti

Avec Apprenti , Bruno Loth amène le lecteur au cœur des années 30. Son père, Jacques Loth, travaillait à l'époque aux chantiers navals de Bordeaux. Une magnifique biographie graphique qui raconte l'histoire d'un homme et celle d'une époque.

Dans Ermo, vous avez raconté la guerre d'Espagne à travers les yeux de votre beau-père. Avec Apprenti, vous restez en 1936, mais pour raconter l'histoire de votre père, Jacques. Expliquez-nous cette démarche.

Bruno Loth : Dans Ermo, la guerre d'Espagne n'était pas vraiment racontée à travers les yeux de mon beau-père. C'est vrai qu'il a vécu la guerre civile espagnole, il était engagé du côté des miliciens républicains et c'est vrai que ce sont les longues discussions que j'ai eues avec lui qui m'ont donné envie de faire la série, mais ce n'est pas son histoire. C'est tiré de son histoire, avec quelques anecdotes qui lui appartiennent, mais c'est romancé, tiré de nombreuses autres lectures.

Et pour l'Apprenti ?
La démarche est complètement différente. Là, c'est vraiment l'histoire de mon père, sa vie. Je me suis rapproché de mon père pour connaître cette période de 1936 qui m'intéressait, la guerre d'Espagne, mais aussi le Front populaire. Je lui ai donc demandé de me parler de cette époque, et j'ai trouvé cette vie super. Ce n'était pas un héros, il ne s'est pas engagé pour une cause, c'était Monsieur Tout-le-Monde, un simple ouvrier ; mais c'est ça la vie de la majorité des gens. Ils vivent l'histoire en la subissant, plus qu'en étant acteurs. Comme il a 92 ans, il ne se rappelait plus de tout, mais il avait des cahiers où il avait écrit sa vie depuis les années soixante. J'ai repris ça et je l'ai replacé en BD dans une forme plus romanesque.

On a presque du mal à croire que ce n'est pas votre histoire. Comment avez-vous fait pour vous l'approprier à ce point ?
Toutes ces histoires viennent de ces cahiers, mais je les avais aussi toutes entendues plusieurs fois pendant des repas de famille. Il adorait raconter ça. C'est sûrement pour ça que j'ai fini par les intégrer. De plus, j'ai fait le choix de parler à la première personne pour rendre le récit plus proche du lecteur. Comme si c'était mon propre père qui racontait sa vie dans la BD.

Vous présentez l'apprentissage de votre père. Ses bons comme ses mauvais côtés, sans critique, ni angélisme. Quel est le but profond de ce récit ? Rendre hommage à ces gens ?
En fait, le but profond de cet album c'était de redonner goût à la vie à mon père à un moment où il en avait besoin. Comme ça on s'est vu plus souvent. J'ai vraiment redécouvert mon père.

Il y a une certaine fierté de classe chez ces ouvriers, mais aussi des bizutages insultants, des violences gratuites, beaucoup d'alcoolisme...
Oui, bien sûr. Il ne faut pas faire d'angélisme. On raconte les choses comme elles étaient. Mon père dénonce d'ailleurs ces aspects-là. C'étaient les pratiques de l'époque, comme mon grand-père qui envoie ses fils au bordel pour les déniaiser. C'était très courant. Il fallait présenter tout ça, même les aspects négatifs du monde ouvrier. Cela dit, et ça se voit tout au long du récit, si vous travaillez à l'usine et que vous ne buvez pas, vous passez pour quelqu'un de bizarre. Bertin, son ouvrier référent était un alcoolique total, mais son boulot était toujours fait de manière impeccable. L'alcool qui l'aide à supporter l'usine.

Il est aussi question de moments hors usine, de discussions culturelles avec son frère, de balades avec les auberges de jeunesse et, même, de cette visite au bordel. Pourquoi ne pas limiter l'histoire aux chantiers ?
Le terme "apprenti" vaut ici dans tous les sens du terme. Il a appris son métier à l'usine, mais il a aussi fait son apprentissage de la vie. Il a découvert les femmes, la camaraderie, la nature... L'usine était son calvaire. Dès qu'il en sort, on le voit dans l'album, il a les ailes qui poussent. Il se plonge dans les livres, dans le dessin, dans la philosophie...

Vous sous-titrez votre album "Mémoires d'avant-guerre", pourtant la guerre n'est pas du tout présente, ni même évoquée.
C'est pour ça que c'est l'avant-guerre. Il y a la guerre d'Espagne qui commence et on commence à avoir un doute sur l'avenir. L'Europe est quand-même politiquement embrasée. C'est une période qui va amener la guerre qu'on sait. D'ailleurs, mon prochain album, qui sera la suite de celui-ci - même si je l'avais pensé au départ comme un one-shot - j'ai envie de l'appeler "Ouvrier, mémoires de guerre".
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