La boite à bulles - librairie de bandes dessinées
   
SAMSON Sebastien
   
 
 
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  L'intérêt de Sebastien Samson pour la bande dessinée se manifeste dès 1989 et 1990 lorsqu'il remporte un des prix nationaux du concours de la bande dessinée scolaire. Diplômé des Arts Plastiques de la faculté de Bordeaux III, il collabore à la revue aquitaine du patrimoine Le festin et s'autoédite (à 1 exemplaire !) à plusieurs reprises. En 2005, il réalise un récit de BD documentaire sur les Ecoles Militaires de St Cyr - Coëtquidan. Professeur de métier, il attendra ses 36 ans pour se jeter véritablement à l'eau et publier son premier ouvrage : Le journal d'une bipolaire. En 2016, il franchit un cap supplémentaire en devenant son propre scénariste pour Le Marathon de New York à la petite semelle, un récit autobiographique sur sa participation au Marathon de New-York.  
 
Liens de l'auteur


> Interview de Sébastien Samson sur TV Tours pour "Le Marathon à la petite semelle

> Interview par France Bleu Normandie pour "Le Marathon..." #08/11/2016

> Sebastien Samson sur MaXoe


Coup de coeur de l'auteur

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> Journal d'une bipolaire
> Le Marathon de New York à la petite semelle




Images bonus





Revue de presse
 
Ouest France Normandie # 9 novembre 2010 par Morgane Fleury

Le Journal d’une bipolaire parle du quotidien d’une jeune fille atteinte de maniaco-dépression. Comment a commencé cette aventure littéraire ?
C’est une autobiographie. L’auteure, Émilie Guillon, alias Camille dans le livre, souffre de bipolarité. Avec son père, le scénariste Patrice Guillon, ils ont décidé d’écrire sur ce thème. Les premières lignes du scénario ont été rédigées il y a trois ans. Et tout s’est enchaîné, même si il y a eu des pauses. Émilie a parfois changé d’avis. C’était compliqué pour elle.

Le livre fait donc office d’autothérapie…
Tout à fait. L’auteure éprouvait le besoin de parler de sa maladie, mais elle était très stressée par la sortie de la bande dessinée et inquiète du regard des autres. Les premières critiques parlent d’un ouvrage qui ne serait pas assez trash. Cela s’explique par la pudeur d’Émilie. Elle ne voulait pas tout montrer, tout dire et ainsi tomber dans le pathétique.

D’autres motivations ?
Beaucoup de gens sont concernés par cette maladie. La bipolarité touche 1 % de la population. Le livre a été écrit pour expliquer que cela peut arriver dans tous les milieux et à n’importe qui. Les personnes souffrant de cette pathologie se désociabilisent très vite, c’est pourquoi un diagnostic doit être posé rapidement.

Comment mettre en images un thème aussi difficile ?
Le milieu médical est vraiment difficile à illustrer. J’ai fait des recherches d’images de centre psychiatrique sur Internet, sans succès. Du coup, j’ai utilisé un style synthétique pour les décors. J’ai travaillé à la plume et à l’encre de chine de manière traditionnel. L’objectif : laisser le lecteur se concentrer sur l’histoire et sur le cheminement intérieur de Camille, le personnage principal. Avec le scénariste et l’auteure, nous avons décidé d’accorder beaucoup de place à la parole et au texte.

Comment mettre en images un thème aussi difficile ?
Le milieu médical est vraiment difficile à illustrer. J’ai fait des recherches d’images de centre psychiatrique sur Internet, sans succès. Du coup, j’ai utilisé un style synthétique pour les décors. J’ai travaillé à la plume et à l’encre de chine de manière traditionnel. L’objectif : laisser le lecteur se concentrer sur l’histoire et sur le cheminement intérieur de Camille, le personnage principal. Avec le scénariste et l’auteure, nous avons décidé d’accorder beaucoup de place à la parole et au texte.

Êtes-vous habitué à ce genre d’exercice ?
C’est la première fois que je suis associé à la parution d’un livre. Je me suis joint au projet il y a deux ans. Je suis très content et satisfait du résultat. Ce défi de réaliser une BD, c’était un retour à mes premières amours. J’ai toujours fait des dessins d’observation et j’ai été primé à deux reprises pendant ma jeunesse, mais ça restait une activité d’amateur. Là, ça passe un cran au dessus.

 
Casemate #96 par Jean-Pierre Fu?ri

Casemate : Avoir été un ado souffrant d'asthme, de tachycardie et d'extrasystoles, ça prédispose au marathon ?
Sébastien Samson : Non, bien sûr, c'est pourquoi j'avais abandonné toute idée de sport, après quand mêle neuf années de foot, pas très glorieuses, au club de mon patelin. Je me contentais d'admirer ma femme, adepte du marathon. Pour moi, Rosalie et nos amis coureurs étaient un peu des extraterrestres.

Jusqu'au fatidique dîner de décembre 2008.
Ce soir là, Rosalie, Nadège et Wilfried ont lancé l'idée de participer au marathon de New-York. J'ai évoqué celle des les suivre. Réponse du trio : "Bonne idée, on a besoin d'un supporter !" Quand j'ai expliqué que j'envisageais de participer, ce fut un éclat de rire général. Ça m'a piqué au vif...

Rosalie vous a coaché ?
Heureusement ! Et encouragé. J'ai eu très vite l'idée de raconter cette aventure en bande dessinée. Une puissante motivation. Plus je courais, plus j'avais envie de mettre mon expérience en dessin. Et plus je dessinais, plus j'avais envie de courir.

Couriez-vous avec Rosalie ?
Oui, mais pas au début. J'avais honte de ma lenteur et peur de me confronter au regard des autres. Je courais donc seul le long des falaises du débarquement, en Normandie. L'occasion de me plonger en moi-même, ce que font tous les coureurs, pour toucher du doigt leurs motivations principales. Peut-être aussi retrouver les sensations de l'enfance, les plaisirs enfouis dans nos mémoires. Enseignant, j'adore observer les élèves dans la cou de récré. Les trois quarts sont toujours en mouvement rapide. Et, c'est évident, y prennent du plaisir.

Comment Rosalie et les autres ont-ils accueilli le petit nouveau ?
Ne me connaissant pas comme quelqu'un de très persévérant, au début, ils furent assez goguenards. Mais très sympas, très heureux de me voir rejoindre leur groupe. Les coureurs, en général, sont accueillants.

Jusqu'à ralentir pour courir avec vous ?
Parfois. Parfois aussi ils faisaient des lacets autour de moi, me donnant l'impression d'être entouré d'un essaim de mouches. Vexant. Mais les moqueries étaient toujours gentilles et les encouragements très motivants.

Passage obligé, les chaussures...
Toujours drivé par Rosalie, j'ai découvert qu'on avait tous des pieds différents, plus ou moins ouverts, fermés, réguliers, universels... Pas de chance, comme dit Rosalie, j'avais "un pied qui fauche la rosée". Très ouvert. D'où répercussions sur les genoux, les hanches, etc. Verdict du podologue : j'étais plutôt taillé pour le sprint et pas du tout la course de fond ! D'où menace de blessures, la hantise du coureur.

Un médecin vous a prescrit de ne pas courir plus d'une heure. Vous n'en tiendrez pas compte. Est-ce raisonnable ?
C'est un risque mesuré, on ne met quand même pas sa vie en jeu. J'ai décidé de voir jusqu'où je pouvais aller dans l'acceptation de la douleur. Si elle était devenue intolérable, j'aurais cessé. Finalement, on supporte beaucoup. Rosalie a couru le marathon de New York avec un os du pied fracturé ! Je ne le raconte pas dans le livre, mais à la fin de mon premier marathon, je sentais des petits cailloux au fond de ma chaussure. Arrivé, je l'enlève. Pas de cailloux, mais trois ongles. Tombés à force de taper le sol. Heureusement, ils repoussent.

Comment connaître ses limites ?
On voit certains finir dans des états pas possibles. Souvenez-vous des derniers JO. Ce fut parfois effrayant.

Pourquoi aller toujours plus loin, se dépasser ?
Je ne crois pas à la valeur du dépassement de soi-même. Je ne vois pas trop ce que cela veut dire à part aller qu'aux frontières de la mort. Pour moi, courir, c'est se connaître mieux.

Votre marathon de New York fut donc votre premier ?
Non, ça non plus je ne le raconte pas dans le bouquin. J'ai fait ce qu'il ne fallait surtout pas faire : J'ai couru le marathon du Médoc en septembre en me disant que je devais absolument vaincre le mur des 42 kilomètres avant de partir à New York en novembre. Tout ce que j'ai gagné, c'est de me faire un peu plus mal aux genoux. Et quand même la preuve que j'étais capable d'en venir à bout, même dans un temps absolument pas raisonnable. Mais pour moi, l'honneur ne tient pas là.

Quelles sont les précautions à prendre avant un marathon ?
Eviter de porter une alliance, les doigts gonflant énormément. Se coller des pansements sur les tétons. Sinon, le frottement du tissu, même en coton, déclenche des douleurs insupportables.J'ai vu des t-shirts de coureurs couverts de sang parce qu'ils n'avaient pas pensé à en mettre ou les avaient perdus. Il faut aussi protéger ses aisselles.

Avec des pansements ?
Difficile ! Non, avec de la vaseline qui protège des frottements. On en met aussi à profusion dans les chaussures pour que les pieds flottent dedans. Ça amortit un peu les chocs à répétition.

Faut-il manger, boire beaucoup tout au long de ces heures de course ?
On nous propose des boissons tout au long du parcours. J'ai fait l'erreur de ne prendre que des sucrées. On risque une hyperglycémie. C'est arrivée à Rosalie au trentième kilomètre. Elle avait avalé une bouchée d'une barre de céréales et l'afflux de sucre dans son corps qui en manquait tellement lui a coupé les jambes. Il faut boire de l'eau avec un tout petit peu de sucre.

Les marathoniens sont-ils livrés à eux-mêmes ou un service sanitaire veille-t-il sur la course ?
C'est plutôt "chacun se démerde". Je n'ai vu des toubibs et des kinés que sur un seul marathon. Celui du Médoc. On traverse des châteaux où nous sont proposés une vingtaine ou une trentaine de verres de vin. Absolument antisportif, mais très festif ! Là, sont mis en place des points médicaux où on peut se faire masser, où on jette un oeil sur les coureurs. Mais je n'ai vu personne se faire interdire de reprendre la course. On ne joue pas sa vie ou sa carrière. Quand on a trop mal, on s'arrête.

Vous vous dites "égaré dans un bain d'humanité fraternelle..."
"... au milieu des gens n'ayant rien à gagner." J'adore les instants avant le départ, on croise des regards inquiets ou amusés, on entend des rires. Il y a beaucoup de fraternité. Des instants rares. Les premiers kilomètres, tout est fantastique, chacun est plein de force, à son niveau, on y croit tous. On a l'impression de comprendre toutes ces langues qu'on entend autour de nous.

Une pancarte annonce : « La peine est passagère, la fierté permanente. » Le support du public compte-t-il ou chacun est-il dans une tour d?ivoire ?
Bien sûr qu?il compte. Les regards, les gens qui vous tapent sur l?épaule vous font un bien fou, vous aident à aller jusqu?au bout. Je raconte me sentir alors comme un Rolling Stones. En quatre heures, j?ai croisé deux millions de personnes qui me crient de courir, de continuer, d?y arriver. Et puis les choses commencent à se dérégler. Les doigts deviennent des saucisses, les poings des gourdins. Des klaxons retentissent dans le corps. Là, on a besoin de se retrouver, de se repérer face à soi-même, mais avec les autres quand même.

Vous, c?est le genou qui klaxonne.
On n?est plus qu?un genou. Votre corps n?est plus qu?un genou qui souffre. Et klaxonne, ou clignote comme des diodes en continu.

Comment savoir quand jeter l?éponge ?
J?aurais du mal à le dire. Dans la course, on se découvre des ressources qu?on imaginait pas. C?est en cela qu?on cherche à s?atteindre plutôt qu?à se dépasser. C?est la beauté du sport. Ne pas savoir en partant comment le corps va réagir. Passer deux, trois, quatre heures fantastiques ou au contraire connaître la galère dès le départ et aller quand même au bout. Cela me reste mystérieux.

Y a-t-il des paliers dans la souffrance ?
Dans mon cas, c?est devenu très dur à partir du trentième kilomètre. Le fameux mur bien connu des coureurs. Entre 30 et 35 kilomètres, on découvre toutes les détresses possibles. Puis, soudain, on a plus mal du tout. Pas longtemps. Une grande championne anglaise raconte que, pour continuer à avancer, elle comptait jusqu?à cent et recommençait. La douleur était si forte qu?elle n?était plus que cela. Quelqu?un qui comptait. Certains qui n?en peuvent plus, mais qui veulent terminer à tout prix passent de la course à la marche. Les deux derniers kilomètres peuvent être affreux. Mais on sait que bientôt on va retrouver les copains, qu?on va nous remettre une breloque, qu?on va pouvoir boire une bonne petite bière.

Et hop, vous repartez à pied pour votre hôtel, à trois bornes?
Je ne sentais plus rien du tout. Je volais. Je n?ai ressenti des douleurs que le surlendemain, et plutôt moins que certains. Et beaucoup moins que sur d?autres marathons pour lesquels que je me suis mieux entraîné.

Ce n?est pas très logique !
Si, à New York, je courais à un rythme plus proche de mon allure naturelle, tandis que les habitués essayaient d?améliorer leur temps, jouaient le chrono. Moi, je découvrais une sensation, j?observais pour ma BD, j?ai filmé toute la course avec une caméra sur le front. Ce jour là, je n?ai pas du tout atteint mes limites.

Qu?avez-vous ressenti en visionnant ces heures de film ?
Dur à dire. C?est un peu comme des photos d?enfance dont ne sait si on se souvient du moment où elles furent prises ou si c?est la photo qui nourrit le souvenir. En tout cas, j?ai épluché de film image par image, pour trouver les meilleurs moments, les sensations les plus fortes qui nourrissent la BD.

BD pleine d?humour. On peut souffrir et sourire ?
Si on a pas un peu d?ironie sur soi-même, en courant on attrape vite le melon. J?aime rigoler. La course à pied est faite aussi pour s?amuser, pour passer à autre chose.

On ne s?ennuie pas pendant toutes ces heures ?
Pas le temps. Mais pour oublier la douleur, je me livrais à des petits calculs. Ainsi 50 000 coureurs à 42 kilomètres chacun égale plus de 2 millions de kilomètres parcourus soit 52 fois le tour de la Terre, cinq fois la distance Terre-Lune. Impressionnant, non ?

Quel voeu avez-vous fait en jetant votre clou fétiche dans l?Hudson ?
C?est très personnel. Je ne l?ai révélé à personne. Mais il s?est réalisé.

Finalement, pourquoi courir si, comme vous, ce n?est pas pour gagner ?
Pour mieux se connaître, je l?ai dit, mais aussi peut-être pour se rapprocher un peu de nos instincts. À l?origine, l?homme courait pour échapper à un prédateur ou se procurer son gras-double quotidien. Notre corps est configuré pour courir. Aujourd?hui, on cavale contre le temps ou pour obtenir des objets de consommation dont on a pas besoin. En courant, on se retrouve. La course m?a aussi donné une meilleure idée de moi. Je contrôle mieux ce que je mange, j?ai maigri, je dors mieux.

Vous parlez de paganisme. Entre-t-on en course comme en religion ?
Un petit peu, même si je n?ai pas l?impression de faire une prière en courant ! Mais j?en ai besoin, tous les deux jours. Et ça j?y crois.

Vous continuez ?
Je me suis évidemment pris au jeu. Et couru à ce jour six marathons. Après une petite pause, je crois que je vais reprendre.

Avec Rosalie, Nadège et Wilfried ?
Non. Mes compagnons de course sont passés au triathlon, comme beaucoup de sportifs de 40-45 ans. Ils n?agent, ils pédalent, courent? Mon rêve est de remettre ça à New York pour les dix ans de notre course. En 2021, si tout va bien. J?aurai alors un petit moins de 50 ans.